Article de S. DOUCET (Canada)
http://www.chatelai ne.qc.ca/ vivremieux/ article.jsp? content=20061101 _134950_4408
L’adoption d’un bébé chinois
Vous songez sérieusement à adopter une petite Chinoise ? Voici tous les détails sur le processus à suivre et une liste de ressources à consulter.
Par Sophie Doucet
Publié dans Chatelaine.qc.ca en novembre 2006
© Les Éditions Rogers ltée
Jamais, dans l’histoire de l’humanité, n’a-t-on vu un mouvement migratoire comme celui-là. Entre 12 000 et 15 000 bébés chinois, presque exclusivement des filles, quittent leur pays de naissance chaque année pour aller vivre en Europe ou en Amérique du Nord.
C’est aux États-Unis que l’on adopte le plus : 7 083 bébés chinois y ont commencé une nouvelle vie en 2004. La même année, 453 couples ou célibataires québécois se sont rendus dans l’empire du Milieu pour adopter. Au Canada, la Chine est le pays le plus populaire pour l’adoption internationale (1 001 adoptions en 2004), loin devant Haïti (159 adoptions) et la Russie (106 adoptions). Plusieurs vedettes, dont Jean-Michel Anctil et France Beaudoin, ont fondé une famille de cette façon.
Cet engouement occidental pour les enfants chinois s’explique en un mot : disponibilité. « Il y a au moins 100 000 enfants dans les orphelinats chinois, peut-être trois fois plus », dit Jenny Bowen, directrice de la fondation américaine Half the Sky.
Après avoir adopté en 1997 une fillette qui présentait des carences dues à un manque d’attention et de stimulation à l’orphelinat, Jenny Bowen a créé cette fondation qui fournit aux orphelinats des bénévoles et des employés ayant pour mission de prendre soin des enfants. Ils jouent avec eux, les cajolent, leur parlent, bref font tout ce que les préposées n’ont pas le temps de faire, trop occupées à changer les couches et à donner les biberons. Half the Sky est implanté dans plus de 25 orphelinats en Chine.
L’origine des bébés chinois
« Maman, parle-moi de ma vraie famille. » Un jour peut-être, Marie Shan interrogera-t-elle sa maman Christine sur sa famille d’origine (cliquez ici pour lire l’histoire de cette adoption). Christine n’aura que peu d’éléments de réponse à lui fournir. Elle lui montrera la photocopie jaunie d’une page de journal chinois, où l’on voit 28 photos de bébés trouvés. Ils seront considérés orphelins si leurs familles ne les réclament pas dans un délai de 60 jours, est-il indiqué. Dans la colonne de droite, on reconnaît la frimousse de Marie Shan, accompagnée de cette description : « Fu Pei Tao, fille, née le 01 juin 2004, retrouvée à l’entrée de l’orphelinat le 03 juin 2004, cheveux fins, yeux ronds. » C’est tout ce que l’on connaît de son passé.
Mais grâce à Wang Liyao, on peut se faire une idée de la famille d’origine de Marie Shan et de celle des autres petites Sino-Québécoises qui grandissent avec l’accent de Gilles Vigneault. Ce chercheur de l’Académie des sciences sociales de l’Anhui (centre-est de la Chine) a parcouru les routes de sa province pour interviewer 247 familles ayant abandonné un enfant*. Son but : dresser le portrait-type de ces familles et des circonstances de l’abandon. Les gares, les ponts, les routes, les entrées des hôpitaux et des immeubles gouvernementaux sont les lieux où l’on trouve le plus souvent les bébés, dit-il. Certains parents parcourent des centaines de kilomètres pour que leur geste demeure secret.
La plupart des couples qui abandonnent une fille sont mariés, vivent à la campagne et cultivent la terre. « À la campagne, les femmes ont une pression énorme pour donner naissance à un garçon. On considère que cela relève de leur volonté. Si elles n’en ont pas, elles sont regardées de haut, méprisées », explique Wang Liyao, rencontré à Hefei. Il ajoute que les mentalités commencent néanmoins à changer, avec les nombreuses migrations vers la ville. Détail intéressant : Marie Shan a possiblement une grande sœur en Chine. La majorité des bébés abandonnés sont les deuxièmes filles d’une famille. « Si l’on a une fille en premier, on a encore une chance d’avoir un garçon. Mais la seconde fille tue tout espoir », conclut Wang Liyao.
* Les résultats de l’étude de Wang Liyao se trouvent dans le livre Wanting a Daughter, Needing a Son. Abandonment, Adoption, and Orphanage Care in China, par Kay Ann Johnson (Yeong and Yeong, 2004).
Pour adopter en Chine...
· Il faut être âgé de 30 ans et plus.
· Les couples doivent être mariés.
· Les célibataires, hommes et femmes, peuvent adopter s’ils ont moins de 50 ans.
· Il est possible d’adopter si l’on a déjà des enfants.
· Il faut accepter de se rendre en Chine chercher l’enfant.
· Il faut défrayer des coûts d’environ 18 000 $CA (incluant les frais du séjour en Chine).
Étapes du processus d’adoption
1. Choix d’une agence d’adoption
Au Québec, il y a trois agences agréées par le gouvernement qui s’occupent d’adoption en Chine. Pour en choisir une qui convient à vos besoins, un seul conseil : informez-vous bien. Assistez aux séances d’information des agences, contactez-les pour poser toutes vos questions, parlez autour de vous à des gens qui ont déjà adopté un enfant.
Plus de conseils sur le choix d’une agence :
• Québecadoption.net − Le choix d’une agence d’adoption
• Secrétariat à l’adoption internationale − Le choix d’un organisme agréé
2. Ouverture d’un dossier au Secrétariat à l’adoption internationale
Une fois que vous avez signé un contrat avec une agence, celle-ci vous fait remplir un formulaire à l’intention du Secrétariat à l’adoption internationale (SAI). Ce dernier vous enverra une lettre confirmant l’ouverture de votre dossier que vous devrez présenter lors de l'évaluation psychosociale.
3. Évaluation psychosociale
Un travailleur social ou un psychologue (sous la responsabilité de la Direction de la Protection de la Jeunesse) viendra chez vous pour vous connaître et évaluer vos capacités parentales. Il vous posera des questions sur votre situation matrimoniale, médicale, professionnelle et financière et sur les raisons de votre désir d’adoption. Le rapport qu’il produira servira entre autres à déterminer quel type d’enfant vous conviendra.
Plus de détails sur l’évaluation psychosociale : Secrétariat à l’adoption internationale − Évaluation psychosociale
4. Préparation et remise du dossier d’adoptant
Il s’agit pour vous de réunir plusieurs documents (certificat de naissance, preuve de statut civil, lettre de l’employeur, bilan financier, etc.) et de rédiger une lettre expliquant pourquoi vous désirez adopter un enfant. Votre agence s’occupera ensuite de vérifier que le dossier est complet, de faire traduire et légaliser les documents puis de transmettre votre dossier au China Center of Adoption Affairs (CCAA), qui s’occupe du jumelage.
5. Attente de proposition
Il ne vous reste plus qu’à attendre que des fonctionnaires du CCAA en Chine vous aient jumelé avec un enfant. Ils affirment faire le jumelage en tenant compte du profil des enfants et de la famille adoptante. L’attente dure entre six et douze mois environ (cela peut varier selon la situation politique, les épidémies, etc.).
Étapes du processus d’adoption (suite)
6. Réception du jumelage
Un beau jour, vous recevez un appel de votre agence : vous avez été jumelé à un enfant. On vous indique d’où il vient, son âge, son sexe et sa condition médicale (la photo arrive généralement un peu plus tard). Vous devez alors accepter ou refuser la proposition. Si vous acceptez, vous devez vous engager à fournir les rapports d’évolution de l’enfant qui seront demandés par le pays d’origine après l’adoption. Si vous refusez, il vous faudra justifier votre refus et subir les délais en attendant une autre proposition.
7. Début des démarches de parrainage à Immigration Canada
Il vous faut remplir des documents attestant de votre intention de parrainer votre enfant à son arrivée au Canada (les enfants adoptés à l’étranger ne deviennent pas immédiatement citoyens canadiens).
Pour plus de détails : Citoyenneté et immigration Canada − Processus d’immigration en adoption internationale
8. Finalisation des démarches d’immigration
Vous recevrez la lettre de « non-opposition » (lettre d’appui) du Secrétariat à l’adoption internationale. Une fois cette lettre reçue, vous devez prendre rendez-vous avec un agent du ministère de l’Immigration et remplir d’autres documents nécessaires à l’entrée au pays de votre enfant. De son côté, l’enfant subira un examen de santé pour pouvoir obtenir une autorisation d’immigrer.
9. Départ pour la Chine
Passeport et visa en mains, c’est l’heure du départ en Chine. Le voyage dure environ deux semaines. Parmi les choses à apporter, il faut penser aux couches, aux vêtements, aux biberons, aux céréales de bébé, à une poussette, à quelques jouets… Votre agence vous aidera à ne rien oublier.
En arrivant, vous êtes attendus à l’aéroport par des accompagnateurs et interprètes qui seront avec vous tout au long du séjour. La rencontre avec votre enfant se fera au cours des premiers jours, à l’orphelinat ou dans un bureau du gouvernement. Vous repartirez de là avec votre bébé.
Par la suite, vous devrez vous astreindre à certaines démarches administratives (notaire, société d’adoption, ambassade). On vous offrira peut-être de visiter l’orphelinat d’où provient votre enfant et on vous proposera de faire un peu de tourisme en groupe. Mais, plus important que tout, vous passerez du temps avec votre enfant afin de l’apprivoiser et de le laisser vous apprivoiser.
10. Le retour
Au retour, vous n’en avez pas tout à fait fini avec les démarches. Il vous faudra faire une demande de citoyenneté canadienne pour votre enfant et demander pour lui un certificat d’état civil du Québec et une carte d’assurance maladie. Six mois après son arrivée, un travailleur social ou psychologue viendra chez vous pour rédiger le premier « rapport d’évolution » de l’enfant, un document qui décrit l’adaptation de l’enfant à son nouvel environnement. Vous devrez produire un second rapport six mois plus tard. Ces documents seront traduits en chinois par votre agence et envoyés en Chine.
Sites utiles
Agences :
• Agence Enfants du monde
• Société d’adoption Parents sans frontières
• Agence Formons une famille
Information :
• Secrétariat à l’adoption internationale
• Québecadoption.net
• Conseil d’adoption du Canada
• Le Portail Abandon, adoption, autres mondes
• Children’s Bridge (organisation sans but lucratif aidant les parents à adopter à l’étranger – en anglais)
• China Center of Adoption Affairs
Sites personnels de parents ayant adopté ou voulant adopter en Chine :
• À notre petit cœur de Chine
• La famille Aubé et ses perles d’Orient
• Zofia, notre petite princesse
• Gabrielle
• Bienvenue dans le monde de Maé
• Le Web de Lilou
• Adoption en Chine vue par un futur papa : LE BLOG DE PAUL-HENRI